21 janvier 2010

Aide au développement

Interviews

08.10.09

Virgile Kikaya , Directeur du PADEMA Consulting et consultant en développement international

1. Qu’entendez-vous par efficacité de l’aide au développement ?

Actuellement, on parle beaucoup de l’efficacité de l’aide avec la Déclaration de Paris, le Forum de haut niveau d’Accra et même, plus récemment, avec la conférence de Kinshasa. C’est un concept qui date du début des années 2000. Il se base sur le constat selon lequel tous les programmes d’aide antérieurs n’avaient pas porté les fruits escomptés. D’où, les pays pauvres s’appauvrissaient davantage. Il était donc nécessaire de revisiter les mécanismes d’appui au développement surtout avec les objectifs du millénaire qui devaient être atteints à temps. Qu’est-ce que le développement ? Serait-ce ces chiffres abstraits de croissance économique positive que l’on nous présente lors des conférences dans des salons huppés de la capitale ? Je préfère que l’on approche le développement un peu à la manière d’Amartya Sen qui nous donne une vision plus humaine du développement. Le développement doit être mesuré à la capacité des pauvres et des vulnérables à se prendre en charge et à être capables de changer leur futur. Il est donc extrêmement nécessaire que tout effort de développement soit basé sur le renforcement des capacités de ceux qui en ont le plus besoin.

2.Quelle lecture faites-vous de la Déclaration de Paris ?

La Déclaration de Paris est cet engagement des ministres des pays dits développés et sous-développés ainsi que des représentants des agences bilatérales et multilatérales de développement à respecter les concepts d’appropriation, d’alignement, d’harmonisation, de gestion pour les résultats et de rendre compte. Ces concepts sont intéressants et devraient a priori contribuer à une meilleure efficacité de l’aide. Toutefois, certaines faiblesses sont à noter. Il y a d’abord la quasi- absence de la Société civile dont les membres, censés représenter les principaux bénéficiaires, n’ont pas eu clairement voix au chapitre alors que c’est à eux que les gouvernements doivent rendre compte. La Déclaration n’a pas non plus de caractère coercitif et aucune sanction n’est prévue pour les pays qui ne respecteraient pas leur engagement. Il y a également le fait que les cibles à atteindre d’ici à 2010 sont toutes des indicateurs de mise en œuvre. Il n’est pas prévu dans la Déclaration, une mesure de l’impact sur les principaux bénéficiaires. Enfin, n’oublions pas qu’il s’agit d’une Déclaration qui est précédée par d’autres déclarations comme celles de Rome ou du consensus de Monterrey, par exemple, qui tardent encore à être totalement mis en œuvre.

3.Est-ce que la multiplication d’aide en République démocratique du Congo facilite le développement ?

Je crois que la multiplication d’aide ne devrait pas être un problème en soi. Personne ne trouve un problème à l’abondance des ressources. Encore, faut-il que ces ressources soient utilisées de façon optimale. D’abord, si les conditions sont trop compliquées, les organisations du pays n’auront pas accès à cette manne. Aussi une grande partie est-elle dirigée à des conférences, des consultations ou même donnée sous forme de réduction de la dette extérieure. On se retrouve parfois avec avec 30% des montants qui arrivent chez les principaux bénéficiaires. 4. Y-a-t-il d’autres mécanismes qui peuvent aider au développement ?

Tout à fait. Je citerais, par exemple, les initiatives en faveur du micro-crédit. Ces actions ont produit de bons résultats dans des pays comme l’Inde ou le Bangladesh. Il s’agit de faire bénéficier des prêts aux principaux concernés. Cela est souvent plus efficace, car on appuie des personnes dans leurs activités de tous les jours et pour lesquelles, elles ont déjà acquis de l’expertise. Aussi, du fait parfois qu’il s’agit de la seule opportunité que ces populations ont pour changer leur vie, elles s’y accrochent et font tout ce qui est possible pour réussir car l’avenir de leurs enfants en dépend.

5. Quelles seraient les perspectives d’avenir pour l’aide au développement ?

Elles sont multiples. On pourrait déjà chercher à concentrer les efforts de l’aide extérieure dans des secteurs précis et éviter du saupoudrage lorsque tout le monde veut tout faire. On devrait concentrer les efforts à renforcer et développer les capacités de nos systèmes nationaux et de notre société à jouer leur rôle de moteur du développement. On pourrait mettre en œuvre des stratégies innovatrices incluant par exemple des mécanismes de retour des cerveaux congolais qui ont décidé de travailler à l’étranger. Et puis, pourquoi ne pas arrêter carrément l’aide si on constate que ça ne marche pas. La porte reste ouverte à toutes les suggestions.

PROPOS RECUEILLIS PAR ALAIN NGULUNGU

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Posté par Politicongo à 11:49 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires sur Aide au développement

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    Posté par Term Papers, 09 février 2010 à 13:13 | | Répondre
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