08 août 2009

L’intelligentsia congolaise dit non à la Balkanisation

Guerres ou paix en RDC ? - L’intelligentsia congolaise dit non à la Balkanisation

Le groupe de presse Le Potentiel a, en collaboration avec l’IPRIS et International Crisis Group, organisé une conférence-débat le samedi 07 février à Fatima/Gombe avec comme thème : « RDC : La fin des guerres aux Kivu et perspectives d’avenir ?».
L’objectif général, en effet, était d’analyser les enjeux de la fin des guerres suite à la signature de l’accord tenu « secrêt» entre la RDC et le Rwanda sur les opérations conjointes pour la traque des FDLR. Mais aussi, il était question, pour la première fois, pour l’intelligentsia Kinoise, de « prendre parole » pour s’exprimer sur ces retournements surprenants d’alliances entre les deux pays (Rwanda et RDC). Le débat riche en révélations soulevé parmi les participants montre que l’intelligentsia nationale et l’ensemble du peuple Congolais ne sont pas prêts à prêter flanc aux envahisseurs et à la démagogie politicienne.
De l’avenir de groupes armés et les contentieux communautaires à l’Est
Sous-thème développé par Arthur Keppel de Crisis Group. Il s’est appesanti sur les dynamiques de la conflictualité armée à l’Est de la RDC. En effet, toute la complexité de ces guerres pose un problème crucial à la lumière de ces opérations conjointes, selon lui. Comment donc, le gouvernement arrivera-t-il à intégrer les différentes milices au sein de l’armée nationale ?
A en croire, Keppel, il est illusoire de penser à la fin de la guerre ! Parce que cette fin de guerre ouvre la porte à une autre guerre plus difficile, peut-être celle de la « balkanisation » de la RDC. Cela en raison du fait que les FDLR, armée entière du feu Habyarimana, éparpillés au Nord et Sud Kivu voire au Nord-Katanga, débarqués depuis 1994 en RDC, connaissent bien le terrain par rapport aux troupes rwandaises et aux FARDC. En outre, ces opérations conjointes, signale-t-il, soulève déjà de mécontentements auprès de Mai-Mai.
Et donc, il va falloir pour résoudre ce problème de restaurer d’abord l’autorité de l’Etat sur cette partie du territoire national. Ceci pour empêcher les groupes armés d’exploiter illégalement les ressources minières. D’où, il convient enfin de rétablir les services publics de l’Etat dans ces zones, conclut-il.
Des enjeux économiques et miniers et la paix post-conflit
Guerres économiques ? Les conflits armés répétitifs à l’Est de la RDC ont de mobiles affairistes. Le Prof. Kibanda, intervenant au nom du groupe de réflexion Ishango, l’a démontré, cartes sur table. En effet, la course aux minerais associés au colombo-tantalite (l’on parle de 16 produits dérivés de cette matière) occasionne une véritable chasse de multinationales, d’origine anglo-saxonne pour la plupart, à ces ressources minières stratégiques. Celles-ci permettent de développer des technologies de pointe notamment dans les domaines de la défense et de la télécommunication.
En conséquence, la paix en RDC, note-t-il, est sujette aux intérêts extérieurs. Il l’a clairement démontré en arborant les rôles de quatre lois de « cession de la souveraineté » de la RDC, notamment les codes minier, d’investissement, forestier et du travail. Une nouvelle issue pour la RDC, nous montre-t-il, est l’enjeu autour de la crise financière internationale. Cette récession sur le plan international appelle une relance du système économique mondial où l’éthique, l’économie réelle et la valorisation de ressources naturelles sont de mises. Mais dans tous les cas de figure, quelle place la RDC doit-elle occuper dans ces enjeux ? C’est là où se pose la question d’élite et du leadership politique ! Car, la force d’un peuple réside dans un rêve de grandeur. Mais seule, une élite clairvoyante et lucide, dont la RDC est en manque actuellement, peut construire de telles utopies.
Des Guerres au Kivu, leur logique de paix et perspectives stratégiques
Le dernier orateur, le Prof. Philipe BIYOYA a proposé à la RDC un package d’idées stratégiques en vue de sauvegarder les ressources de la RDC. Il n’y a pas, dit-il, de gloire d’avoir de ressources sans avoir un plan de gouvernance stratégique. Allusion faite au discours paradoxal d’un pays au sol riche et à la démographie extrêmement pauvre. L’Iran avec sa fusée, est à ce jour, l’illustration la plus féconde si pas un modèle pour la RDC.
Plusieurs caractéristiques sont à relever par rapport aux guerres répétitives de l’Est. D’abord, la belligérance dans cette partie du Congo ne finit point mais se fatigue et puis recommence. Il y a, en conséquence, dynamique de retournements d’alliances entre les protagonistes. Les récentes opérations conjointes rentrent dans cette logique. De même aussi, le règlement de conflits en RDC sur le plan international n’éteint pas nécessairement les foyers de conflits.
C’est pourquoi, selon le Prof Biyoya, la fin de la guerre en RDC, doit devenir une entreprise citoyenne et non seulement de « signataires d’accords». Il a indiqué, enfin, que dans toutes ces guerres répétitives connues en RDC, conséquence du changement de régime à Kigali et d’ingouvernementalité à l’Est depuis Mobutu, le Rwanda a une préoccupation stratégique : le pouvoir de Kigali cherche à contrôler le Congo, gardien de ressources importantes, pour sa survie.
D’où, plusieurs procédés sont mis en œuvre en vue de garder la partie Est sous influence de Kigali mais dans une situation d’ingouvernabilité et d’insécurité permanentes, notamment : la « Tchadisation » en créant plusieurs foyers de tensions afin de piller paisiblement les richesses de la RDC ou encore par la « Somalisation » qui, consistant à balkaniser carrément, soumet certains territoires, à l’instar de Walikale actuellement no man’s land, à l’inaccès de services publics dépendant de Kinshasa.
Ce Géostratège propose, au final, à la RDC de construire une posture d’invulnérabilité : l’armée. Celle-ci doit désormais servir d’instrument par lequel on peut maintenir sa souveraineté. La RDC doit maintenant ou jamais se servir de sa diplomatie, non plus comme communication mais comme arme pour expliquer à l’Afrique et au monde ces guerres cycliques et de proposer aussi sa vision sur la fin de la crise à l’Est.
Alain NGULUNGU
Le Potentiel du 10.02.09

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