25 juillet 2009

Interview de Geoffroy Matagne

Interviews

15.04.09 Le Potentiel : Cinq questions à Geoffroy Matagne


 

1. Vous avez participé à un séminaire d’information et d’appropriation de la décentralisation en RDC organisé à l’intention des Entités territoriales décentralisées (ETD). Quelles sont vos impressions sur le déroulement de ces assises ?

   

Ce séminaire a été organisé par la Cellule d’appui politologique en Afrique centrale (CAPAC) de l’Université de Liège en Belgique à la demande du ministre congolais de la Décentralisation avec l’appui de la région Wallonne. L’objectif était d’informer les acteurs locaux de nouvelles dispositions légales dans le domaine de la décentralisation. Ensuite, nous souhaitons établir un état de besoin des Entités territoriales décentralisées (ETD) à partir de nos discussions. Celles-ci ont été riches et nous réfléchissons maintenant sur la manière d’étendre ces expériences sur l’ensemble du territoire de la République démocratique du Congo. Enfin, nous allons étudier la création d’un centre d’appui et des ressources qui permettrait de rencontrer une série de besoins identifiés.

2. Le contexte de la décentralisation est marqué par la problématique du fameux 40% à rétrocéder aux provinces. Pensez-vous que les rapports, à l’heure actuelle, entre le pouvoir central et provincial sont au beau fixe ?

   

Le professeur Kumbu de l’Université de Kinshasa résume la décentralisation avec la formule suivante : décentralisation est égale à compétence plus ressources. Celles-ci sont indispensables pour mettre en oeuvre la décentralisation. Les 40% sont prévus dans la Constitution et les lois organiques pertinentes. En démocratie, ce qui compte, ce n’est pas que les relations soient au beau fixe. Car les conflits naissent toujours. Par contre, il importe de mettre en œuvre des mécanismes de résolution des conflits légaux et pacifiques prévus en particulier dans la Constitution.

3. Quelles sont les étapes à franchir pour permettre aux ETD d’être productives en assurant le bien-être de la population ?

   

Les ETD, pour être légitimes, doivent, d’une part, être élues et, d’autre part, assurer les responsabilités pour le bien-être de leurs populations en fonction de leurs compétences. L’élection est prévue mais elle doit encore être organisée. C’est une étape importante pour préparer le terrain. Les prochaines étapes seront notamment l’obtention des ressources financières suffisantes, l’amélioration des capacités de ressources humaines et l’identification des chantiers prioritaires au niveau communal. Les défis sont immenses.

4. Comment administrer une commune urbaine en République démocratique du Congo ?

   

Il est évidemment essentiel de pouvoir compter sur des ressources financières stables et prévisibles et sur les fonctions publiques locales compétentes et loyales. Il est donc capital d’être à l’écoute des besoins de la population qui jugera l’action des gouvernants locaux. L’élection ne fait pas la démocratie, mais le contrôle citoyen et la répétition des élections.

5. Quels sont les défis actuels qui restent pour le processus de la décentralisation en RDC ?

   

Dans la mise en œuvre de la décentralisation du gouvernement central, il convient encore d’adopter une série de législations organiques qui sont indispensables à la poursuite du processus constitutionnel. Il s’agit notamment de la loi financière qui assurera l’autonomie des provinces et des ETD ainsi que des lois qu’il faut encore adopter afin d’organiser des élections locales prévues par la Constitution en vigueur en RDC.

PROPOS RECUEILLIS PAR ALAIN NGULUNGU

Maître de conférences à l’Université de Liège et vice-président de l’Association belge des sciences politiques.

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